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   "Plus j'y réfléchis plus je sens qu'il n'y a rien de plus réellement artistique que d'aimer les gens." Vincent Van Gogh    

 

                          Où je plonge dans mon roman dîner avec l'un de mes personnages :

 

                                                                           Hiver 1892 ... .. . 

 

J'ai finalement accepté de passer le réveillon de Noël avec Madame Réhane Vaudier. Ce n'était pas exactement mon souhait mais la tonalité, la modulation et la brume hivernale et teintée de tendresse de sa voix lors de sa demande ont désarmé toute résistance de ma part.


Je ne  l'ai d'ailleurs pas regretté. Mais pas  tout de suite car je me dois d'avouer que  lorsque Madame Réhane Vaudier me présenta à ses autres invités, je fus par moment saisi d'une brusque envie de partir en 4ème vitesse, quitte à y laisser mon haut-de-forme et même mon manteau bleu  nuit en vigogne que m'avait offert Tenebrae un après-midi de janvier  en me disant :

 

"Tiens ! Mets au moins cela sur toi ! Tu auras presque l'air d'un gentleman ! Quoique... ... ... il te reste encore , je crois, beaucoup de chemin à parcourir !!!"


Il y avait donc ce soir là dans le salon de Madame Réhane Vaudier :


- Mademoiselle Aubrey Valresa qui, du haut de ses vingt ans, voulait créer un magazine de mode "Loin de toutes ces vieilleries poussiéreuses d'aujourd'hui !" comme elle m'en fit part entre autres choses pendant le dîner.


- Le contre-amiral Bressan de Forville qui, bien que naviguant dans le monde entier sur des navires de guerre, y faisait chaque fois embarquer un piano, car sa profonde passion pour la musique l'aidait même dans l'analyse et les projets de déplacement des destroyers dont il avait le commandement.


- Raoul Billeauvent, journaliste au Méridien du Soir, qui bataille dur dur dur et se fait fort de faire la pluie et le beau temps dans le milieu des célébrités parisiennes.


- Bernois Vaudier, marchand de tableaux et frère de Madame Réhane Vaudier, accompagné de son épouse Madame Trudianne Vaudier- de Rosedale.


- Hortense Choiseul, amie de toujours de Madame Réhane Vaudier, qui était venue accompagnée de Novare Guatellani vêtu d'un veston "Rouge de Sicile" comme il me le dit en aparté en ajoutant avec un clin d'œil souriant : " la mia giacca per le occasioni speciali !!!"

 

On sonna à la porte.

 

Madame Réhane Vaudier revint vers nous avec une invitée de dernière minute :

 

Olphide Dracq : sculptrice et peintre dont l'ovale hâlé de son visage, dans la jungle de ses longs cheveux semblant continuellement soufflés par des vents tempétueux,  la montrait telle une  indienne d'Amazonie au mystère indéchiffrable car accentué par une moue de ses lèvres pour le moins surprenante !

 

Mais c'est en voyant, à son arrivée, la pâleur soudaine de Raoul Billeauvent que je compris plus tard  la justification de  cette moue impressionnante de Olphide Dracq. Car, je l'appris au cours de ce dîner, par Madame Hortense Choiseul qui chuchota à mon oreille : "Pauvre Raoul !!! Il est toujours si prompt à éreinter les gens qu'il ne faut pas ensuite qu'il vienne se plaindre !!!"

 

Quelques minutes auparavant, Madame Réhane Vaudier en m'accueillant et en me débarrassant de mon manteau m'avait dit :
"Ne vous en formalisez pas mais pour moi la disposition des invités à une table en fonction de leurs affinités est une chose bien illusoire ! Le hasard , mon hasard compte seul !!!"

 

J'étais en bout de table avec à ma gauche son amie Madame Hortense Choiseul, en face de moi se trouvait Madame Ophilde Dracq assise elle aussi en bout de table avec à sa droite Mademoiselle Aubrey Valresa. Madame Réhane Vaudier était assise à côté de son amie Hortense et à sa gauche se trouvait le contre-amiral Bressan de Forville puis Madame Trudianne Vaudier-de Rosedale.
En face du contre-amiral se trouvait Bernois Vaudier  le marchand de tableaux qui avait à sa droite le journaliste Raoul Billeauvent et Novare Guatellani.

 

Alors que je découvrais le talent délicieux de cuisinière de Madame Réhane Vaudier en goûtant une timbale de homard au fondant d'agrumes pointé d'une sauce vénitienne, j'entendis sans y prêter d'attention particulière le contre-amiral Bressan de Forville dire :

"Ho vous savez mon cher Bernois, la nouveauté chez un artiste ne se trouve pas forcément dans la forme ou dans le fond de son œuvre mais bien plutôt dans la manière singulière avec laquelle il aura pensé pour agencer les deux. Bien peu hélas le perçoivent ! Et dans la musique d'aujourd'hui particulièrement !!!"

 

Ophilde Dracq, qui plaisantait continuellement avec Aubrey Valresa, s'arracha soudain à leur jovialité en s'adressant au contre-amiral :

"Vous avez tout à fait raison amiral !!! Bien des journalistes sont aussi aveugles et sourds qu'un mur de pierre ! Et même sans doute bien plus !!!"


Le contre-amiral Bressan de Forville sourit avec bienveillance à Ophilde Dracq car cela ne lui déplaisait pas de voir que sa perception de l' Art n'était pas si éloignée de celle de la jeune génération dont il ne faisait plus partie depuis bien des années déjà. À 43 ans sa grande carrière militaire était toute tracée et embellie de la plus heureuse façon qui soit par la musique.


Madame Réhane Vaudier qui ne connaissait que trop la virulence d'Ophilde Dracq crut adoucir d'une voix douce l'atmosphère par :

"Mais il reste quand même des gens qui écrivent et sont bien moins sourds et aveugles, n'est-ce pas Simon ?" 

Je ne répondis rien.

 

Mais Ophilde Dracq, en face de moi, marqua son étonnement par une moue suspicieuse de ses lèvres en s'adressant à moi :
"Ha ??? Parce que vous écrivez vous aussi ???"
"Oui"
"Et sans doute écrivez vous sur tout et n'importe quoi comme tant d'écrivaillons !!!!"
"Exactement."
"Et sur moi, là maintenant ! Qu'écririez-vous donc ???"
"Que vous êtes une Fée échevelée bien peu recommandable."

 

Le Temps sembla s'arrêter illico prestissimo : Ophilde Dracq s'immobilisa elle aussi. Elle n'avait jamais vraiment été confrontée à un tel genre de remarque et elle chercha dans mon regard une solution revancharde.

 

"Mais pour qui se prend-elle celle-là ?!!!" murmura Madame Vaudier-de Rosedale à Raoul Billeauvent dont la misogynie, l'indélicatesse et pour tout dire la lâcheté naturelle de ce journaliste le firent marmonner à lui-même : "Et en plus j'ai cette horrible femme en face de moi... ...Mais pourquoi donc suis-je venu ?!?!".

 

 

                                                  On sonna à la porte de nouveau. 

 

 

Pendant que Madame Réhane Vaudier s'absente profitons-en pour dire que bien peu de gens, de choses ou même d'événements pouvaient la déstabiliser. Il y a chez Madame Réhane Vaudier une facilité d'adaptation qui est comme une seconde nature, une sorte de sauf-conduit magique la sauvant de toutes situations ennuyeuses inédites.

 

                                Ce qui sera d'ailleurs le cas dans quelques secondes.

 

En ouvrant la porte, Madame Réhane Vaudier évacua de son visage toute la surprise de voir son employé Antoine surgir ainsi devant elle au milieu de sa soirée de réveillon. Et du ton de voix posé, sans réserve, presque froid et loin de tout réveillon qu'elle utilise lorsqu'elle travaille dans sa boutique :

 

"Eh bien Antoine ??? Que voulez vous encore à cette heure ci ???"


- "Vraiment je suis confus de vous déranger ce si beau soir de Noël Madame Vaudier mais voici : je crois bien avoir oublié mes clés tout à l'heure dans l'entrepôt, enfin euh dans l'entremise... et je ne peux donc pas rentrer chez moi. Pourriez vous me prêter les clés de la boutique pour que je puisse les récupérer ?"

Madame Réhane Vaudier alla ouvrir un petit meuble de son vestibule et revint avec les clés. Puis en les agitant comme un appât au bout de son bras devant le visage de son employé elle se contenta de dire :


-                                      "Et vous me les rendrez quand ???"


À cette question Antoine, déjà tout heureux, ne put  s'empêcher de sourire :


- "Ho ! Quand vous le voulez ! Madame Vaudier. Quand vous le voulez !!!"


Madame Vaudier plissa ses lèvres et baissa une seconde ses paupières :


- "Vous me les rendrez lundi matin. Car vous travaillez bien lundi matin n'est-ce pas Antoine ?"


- "Ho ! Grand merci !!! Madame Vaudier... ... ...pour un peu... . .. ..."


                                     - "Pour un peu quoi Antoine ???"


Et Antoine dévalant le grand escalier était déjà rendu au 1er étage quand il cria :


                                            "Je vous embrasserai !!!"

 

  • "Rien de grave j'espère ?" dis-je à Madame Réhane Vaudier en la voyant revenir parmi nous.
    -
  • "Non non  rassurez vous !" Puis avec un sourire lumineux :
  • - "C'était une amie qui tenait absolument à me rendre le parapluie que je lui avais prêté."

 

  • "Eh bien dis donc Réhane !!!! Elle est vraiment gentille cette amie de venir te le rendre un soir de réveillon . Même moi je ne l'aurais pas fait !!!"
  • dit Hortense Choiseul à Madame Réhane Vaudier puis en se tournant vers moi et d'une voix goguenarde :
  • - "Ça c'est vraiment une très bonne amie n'est-ce pas Simon ?!?!?!!"

 

  • - "Mais Absolument Hortense ! Ab-so-lu-ment !!!" dis je en éclatant de rire devant le sourire rouge carnassier d'Hortense Choiseul.
  • .
  • Le soleil déjà couché enflamma  pourtant  un instant le visage de Madame Vaudier qui cacha sa confusion en s'adressant au contre-amiral Bressan de Forville qui venait, en fronçant les sourcils, de lever les yeux vers le plafond.

  •  - "Bressan, ce sont mes voisines du dessus qui aiment finir la soirée en jouant, je crois, des œuvres qu'elles aiment."
     - "Oui ! J'entends cela ! Et elles y rajoutent même des notes !!!" dit le contre-amiral avec une bonhomie gorgée de malice car il avait, quand même, reconnu la Ballade pour piano et orchestre de Gabriel Fauré.
      "J'espère malgré tout qu'elles ne "toucheront " pas au jeune Debussy !!! Votre croustade vernissée de pintade est, par contre, une merveille de délicatesse. Elle fait disparaitre les notes de trop !!!!"

     

  • En voyant  Novare Guatellani, qui avait oté sa veste rouge et semblait se morfondre aux fond du salon aux côtés du journaliste et de Madame Trudianne Vaudier-de Rosedale, je dis à Hortense Choiseul :

      - "Votre ami tout là-bas s'ennuie à mourir, qu'il vienne donc s'assoir à côté de                   vous,  je vais me décaler. Et d'ailleurs regardez le !!! Il vous en supplie déjà du               regard !!!"

 

Pendant que le contre-amiral Bressan de Fortville regardait dans son verre la belle robe rouge du Château Cos d' Estournel 1877 que Madame Réhane Vaudier était en train de lui servir,  ii dit d'une mine réjouie :


  1. - "Ma Chère Réhane, j'ai déjeuné il y a une dizaine de jours chez le général Beaulaincourt, qui m'a d'ailleurs rassuré sur le budget de notre armée l'année prochaine.  Et alors que je refusais son invitation à dîner pour ce soir justement, son épouse en m'entendant prononcer votre nom, m' a dit "J'achète toujours mes chapeaux et tant d'autres choses encore dans sa si belle et prestigieuse boutique. Remerciez Madame Vaudier de ma part... ... ...et de celle de mon époux aussi !!!"

.

Puis le contre-amiral leva son verre et d'une voix qui avait peine à se retenir de rire : 

  1.  - "Qui sait ???? Bientôt les jupons se verront décorés par l' Armée Française !!!"
  2. .

 

  

 

... / ...

 

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